Approche du développement durable

  • Le contexte du développement durable en France

Les signaux alarmants que nous envoie la planète, le constat des crises parcourant le monde et la perspective des risques majeurs que nous encourrons a conduit à la formulation de nouveaux paradigmes de développement dès les années 1970. Ces idées nouvelles ont été formulées par la déclaration de la Conférence de Stockholm sur l’environnement humain en 1972, par la commission «Brundtland » qui définit le développement durable en 1987, par la conférence internationale sur l’environnement et le développement à Rio en 1992, par le sommet mondial du développement durable à Johannesburg en 2002.

L’émergence progressive au niveau mondial du concept de « sustainable development » tente d’imposer une redéfinition de nos modes d’évolution et cherche à introduire la valeur du progrès à long terme dans la réflexion politique, sociale et économique.

Nous avons traduit le terme anglais de « sustainable development » par développement durable, mais nous aurions pu tout autant traduire par développement tenable, au sens où l’on tient une promesse, ou l’on propose un projet qui tienne la route.

Encore inusitée il y a une quinzaine d’années, l’idée d’un développement qui soit soutenable pour les générations futures est aujourd’hui au cœur des discours politiques, aussi bien au niveau national qu’international1.
Cette nouvelle philosophie est porteuse d’un formidable souffle de renouveau pour la pensée politique.
Elle propose une alternative crédible à la vision court-termiste de rigueur ces dernières décennies et offre aux citoyens du monde entier l’opportunité de penser un progrès équitable et respectueux des hommes et de la terre.
Le développement durable place l’homme au cœur de sa réflexion. Le premier principe de la déclaration de Rio dit que « les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature ».

On citera aussi la plus fameuse définition du développement durable formulée dans le rapport Brundtland. Celle-ci énonce que le développement durable est « un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre les capacités des générations futures à répondre aux leurs ». Ces définitions témoignent bien que la vocation première du développement durable est de permettre à l’homme présent et futur de vivre bien, en harmonie avec les autres et avec son environnement.

L’idée de développement durable n’est pas une doctrine écologique au sens strict comme pourrait le laisser entendre l’opinion en vogue qui consiste à présenter le développement durable comme une philosophie promouvant la supériorité de l’environnement sur tout le reste mais au contraire le développement durable est une philosophie progressiste.

  • Une transversalité de l’approche

Le développement durable est par essence pluridisciplinaire et transverse. Il demande une approche intégrée, qui prend en considération l’interdépendance des phénomènes sociaux, économiques, environnementaux et culturels, sur les courts, moyens et longs termes.

  • La gouvernance

Pour mettre en application cette volonté de transversalité, le développement durable utilise la gouvernance. La gouvernance est une manière de gestion s’appuyant sur la concertation. Il s’agit de se poser les bonnes questions aux bons moments et avec les bons interlocuteurs pour permettre :

· le dialogue entre les parties prenantes
· l’optimisation
· la transparence
· l’équité
· la traçabilité.

  • Une participation active

Parce que le développement durable est un projet de société, l’intégration de toutes les composantes de cette société est un pré-requis fondamental. La démarche, dite de participation active, permet un renouvellement de la démocratie locale et participe de la redéfinition du contrat entre la collectivité, ses citoyens et ses acteurs. Par son action politique décloisonnée et ses engagements de citoyens la concertation conforte la légitimité des élus en leur permettant d’agir de manière plus transversale et permet des décisions et des actions pertinentes puisque fondées sur la synergie entre les différents acteurs.

Avec le développement durable, on observe une complexification du système des acteurs des projets (intervenants pluridisciplinaires, diversité des opérateurs, participation citoyenne…). Par conséquent, les relations à gérer deviennent aussi plus nombreuses et diversifiées.

Dans la mesure où le système d’acteurs se trouve complexifié, une bonne organisation des différents acteurs et des parties prenantes est indispensable.
La réussite d’un projet soucieux de développement durable dépend donc de la capacité d’organisation mais aussi de la bonne volonté de chacun à travailler ensemble. L’implication de tous garantit alors à la fois l’exhaustivité des thèmes abordés, la cohérence des choix effectués ou encore la meilleure acceptation du projet.

  • La remise en question

Enfin, pour assurer le bien fondé et l’optimisation d’un projet, d’une démarche, d’une action, il faut savoir l’évaluer. C’est le temps de « remise en question »
L’évaluation doit être conduite à toutes les étapes et elle est essentielle pour plusieurs raisons :

elle est inhérente à la notion de développement durable,
elle constitue une aide à la décision,
elle permet de corriger et de recadrer au fil de l’eau,
elle doit permettre de limiter les impacts négatifs,
elle est menée en vue de s’améliorer et de progresser.

Après ces définitions générales, intéressons nous aux trois axes majeurs du développement durable que sont :
· L’environnement
· La société
· L’économie.

  • La Nature comme bien de consommation

Du point de vue de l’Environnement, un défi sans précédent se pose à l’Humanité : les écosystèmes de la Terre ne peuvent plus soutenir le niveau actuel d’activité économique et de consommation matérielle, encore moins une hausse de ces niveaux.

Le diagnostic sur l’état du monde et plus particulièrement de notre pays et de ses territoires est très largement partagé : les changements climatiques font peser des risques majeurs sur notre futur en termes de santé, d’accès à l’eau et aux autres ressources de première nécessité. La crise de la biodiversité engendre une disparition progressive de notre patrimoine naturel, les pollutions environnementales accroissent les maladies, l’hyperconsommation fait exploser la production de déchets domestiques. La liste pourrait être encore plus longue.
L’environnement est « ce qui entoure » et n’occupe qu’une place périphérique dans la conscience moderne. Le pathétique de l’Homme moderne, c’est de n’être plus relié à rien.

Comment en est-on arrivé là ? Le processus semble remonter à la naissance de la science moderne, en particulier avec Descartes pour qui l’homme est le centre du monde, l’être par lequel et pour lequel la Nature toute entière peut acquérir une quelconque signification. L’homme est « maître et possesseur de la Nature ». Cette domination prend une double forme :

Elle s’opère d’abord sous une forme théorique : la nature est dominée par la compréhension de ses mécanismes par les sciences telles que la physique, la biologie. La nature cesse alors d’être perçue comme un être mystérieux que seules la religion ou la magie pourraient appréhender. Le rationalisme des sciences modernes énonce que l’opacité du monde n’est que le revers d’une ignorance dont les limites peuvent en principe être indéfiniment reculées.

A cette maîtrise théorique de la nature s’ajoute une domination pratique : simple matériau brut dénué de toute valeur et de toute signification, la Nature n’est plus qu’un vaste réservoir d’objets que l’homme peut utiliser comme bon lui semble.

Cette vision du monde est le point de départ de l’idéologie des Lumières et de notre modernité. Cependant à son origine, il ne s’agit pas de dominer l’univers pour satisfaire un quelconque besoin de puissance mais il s’agit de parvenir à certains objectifs de bonheur ou de liberté. Ce sont les Temps Modernes et leur technicité qui verront la disparition des objectifs philosophiques pour des objectifs de rendements. Il n’existe alors plus de vision globale : il s’agit simplement d’intensifier les moyens. Il faut, quoi qu’il advienne, quoi qu’il puisse en coûter, développer pour développer, progresser ou périr. Le monde apparait alors comme une toupie qui doit simplement tourner pour ne pas tomber, puisant partout où cela est possible l’énergie nécessaire à son mouvement, notamment dans notre environnement dont on épuise les ressources et qu’on dégrade sans cesse.

  • Conciliation avec les Droits de l’Homme ?

Les concepts de développement durable pensent le monde comme un corps biologique qui se développe naturellement et qui satisfait aux besoins de chacun. L’Homme est un être vivant parmi d’autres être vivants. Dans le vocabulaire du développement durable, le terme de « besoin » est donc généralement préféré au terme de « droit », car les droits supposent la prééminence sans contreparties de l’Homme sur la Nature.
Les besoins sont construits socialement et historiquement : les besoins des peuples et des individus sont donc inégaux. Pour exemple, on peut rappeler que Bush a refusé de signer les accords de Kyoto pour une diminution des émission des gaz à effet de serre sous prétexte que les Américains ont besoin de leur voiture et qu’ils ne pourraient pas diminuer leur consommation d’essence. De même, les Chinois, Indiens ou Brésiliens n’acceptent pas de limiter leurs croissances économiques pour compenser les excès des pays occidentaux.
Le concept de satisfactions des besoins peut donc être le prétexte d’inégalités et renier les principes d’égalité entre tous les êtres humains comme défini dans la Déclaration Universelle des droits de l’Homme.
Cependant qu’on parle de « besoin » ou de « droit », comme le soulignait Gandhi, seule la pondération est satisfaisante :

« Il y a assez de ressources sur la planète pour répondre aux besoins de tous mais pas assez pour satisfaire le désir de possession de chacun »

  • La complexité des pollutions

Nos démêlés avec l’environnement ne datent pas d’aujourd’hui. Ils ont émaillé le cours des sociétés historiques : par exemple la déforestation due essentiellement à l’agriculture mais aussi aux constructions navales a fait sentir ses effets destructeurs dès l’Antiquité.
Cependant aujourd’hui les pollutions ont changé d’échelle, elles sont devenues globales: on retrouve du PCB dans la graisse des ours polaires ou du plastique dans l’estomac de quasiment tous les poissons de la planète.
Les pollutions actuelles sont également invisibles : il n’existe pas de signes compréhensibles de tous permettant de relier l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère au réchauffement climatique.
Les problèmes sont imprévisibles : les difficultés que nous connaissons aujourd’hui ne se sont en effet déclarées que très longtemps après avoir eu recours aux procédés ou molécules incriminées.
Enfin tous les problèmes environnementaux possèdent une inertie : quand bien même nous réduirions de façon drastique nos émissions de CO2, sa rémanence dans l’atmosphère entrainera quand même un réchauffement du climat.
Soulignons ici la difficulté sur le plan politique de ces problèmes d’environnement car ce qui est intéressant en politique, c’est de voir des résultats à court terme, chose peu réalisable en matière d’environnement et donc électoralement peu motivante.

  • Le principe de précaution

Le développement durable n’est ni une dictature du présent qui manifesterait une indifférence pour l’avenir, ni une dictature du futur qui imposerait le sacrifice des générations actuelles. Se soucier de l’avenir ne consiste pas à vouloir le planifier sur une longue durée, mais à préserver les capacités des générations futures à faire leurs propres choix.

Sans demander la conservation en l’état de l’ensemble des éléments naturels, l’exigence de durabilité comporte une obligation de transmission intergénérationnelle d’un patrimoine naturel qui sauvegarde la capacité des générations à habiter ce monde. « Nous n’héritons pas de cette terre mais nous l’empruntons à nos enfants »
C’est dans ce contexte que se situe le principe de précaution. L’idée essentielle qui se dégage de ce principe est une obligation de se soucier de façon précoce des risques potentiels qui peuvent affecter de façon grave l’environnement et, par extension, à la santé publique et la sécurité alimentaire. Ce principe a été inscrit dans la loi française en 1995.

Cependant ce principe de précaution ne saurait se confondre avec une règle d’abstention qui tendrait à refuser toute perspective de risques. Cette confusion assez fréquente vient d’organisations militantes qui demandent que soit apportée la preuve de l’innocuité totale d’une technique ou d’un produit avant de les autoriser. La preuve définitive de l’innocuité ne pourrait être apportée que par un savoir scientifique absolu, inatteignable. Il faut donc admettre que le risque zéro n’existe pas.

La portée du principe de précaution est encore en débat et je pense qu’il doit s’articuler entre l’expertise et le débat public. Il faut alors admettre de réviser périodiquement les mesures prises et d’avoir à gérer dans le provisoire en suivant les évolutions des techniques et des connaissances scientifiques.
Devant les risques encourus générés par nos sociétés technologiques nait chez certains une défiance face au dogme de la science progressiste. La recherche scientifique inquiète car elle peut fournir à l’espèce humaine les moyens de sa propre destruction, d’autant plus qu’elle est de plus en plus portée par des intérêts dépassant le contrôle démocratique des états.

  • L’économie libérale

L’économie libérale est également en dehors des contrôles démocratiques des états. L’économie libérale fonctionne sur le principe de concurrence qui interdit la stagnation, au risque de périr. Dans l’économie de marché mondialisée, le progrès est devenu une nécessité quasi biologique : une entreprise qui ne se comparerait pas aux autres pour tenter sans cesse de progresser serait rapidement vouée à la disparition.
Comment en est-on arrivé là, sachant que la plupart des civilisations traditionnelles, comme par exemple la Grèce Antique ou les sociétés Africaines, placent le travail et l’économie d’une manière générale au second plan ?
Cette économie marchande, à ce point dominante qu’elle se mue en société de marché capable de subordonner le droit et la politique, de marchandiser la vie privée, de breveter le vivant, d’organiser des « permis de polluer », a ses racines dans la révolution émancipatrice du siècle des Lumières.
En effet, celui-ci a inventé l’individu et son autonomie de la raison. Fort de cette révolution intellectuelle et culturelle, l’individu exerçant son sens critique récuse les sociétés d’ordre et fonde la légitimité du pouvoir non sur le droit divin, mais sur la volonté générale des citoyens.
On note qu’un des arguments qu’avancent les révolutionnaires français contre le clergé et la noblesse est que ceux-ci sont improductifs et donc sont économiquement parasitaires.
Progressivement au cours des XIXème et XXème siècles, la richesse devient alors synonyme de production matérielle. La valeur des choses est mesurée à l’aune de sa capacité à satisfaire les besoins ou les désirs des hommes. Les fondements de l’économie que sont l’individu, le désir et la raison calculatrice à satisfaire ce désir sont posés. Dès lors, la société de marché se détache:

·de toute pensée écologique, la nature étant traitée comme pur facteur de production,
· de toute pensée éthique car n’importe quel désir à une valeur marchande, dès lors qu’il est solvable,
· de toute pensée politique car l’état doit être garant de la concurrence ou suivant son régime, de la planification,
· de toute pensée anthropologique, la psyché d’ « homo economicus » pouvant être manipulé pour exacerber ses désirs.
Changer les mesures

Dès lors que les états ont accepté l’économie de marché, ils ont inventé des indicateurs pour en suivre l’évolution. Le plus fameux est le PNB, le produit national brut, qui mesure les flux de biens produits ou consommés dans un pays sur une période donnée. Il a alors été admis que cet indicateur de croissance économique était un indicateur de progrès. Pourtant il s’agit d’un bien curieux thermomètre de la société qui compte positivement des catastrophes telles que les accidents de voiture, les épidémies, dès lors qu’il faut payer des garagistes pour réparer les voitures et des médecins pour soigner les gens, mais qui compte négativement les activités associatives bénévoles ou les prestations sociales.
Pourtant le PNB est un indicateur majoritaire utilisé pour justifier bon nombre de choix politiques. Il est temps d’utiliser d’autres indicateurs reflétant mieux le développement humain de la société tels que l’espérance de vie, le niveau d’instruction, les écarts de revenus…

  • Recherche de l’efficacité

On entend régulièrement certains affirmer que l’économie seule a en elle-même les ressources pour traverser les crises actuelles ou que le progrès technologique permettra de surmonter les problèmes actuels.
Les projections de spécialistes annoncent qu’il faudrait par exemple que la taille de l’économie mondiale actuelle soit multipliée par 5 ou 10 pour juste éliminer la pauvreté actuelle. Il semble donc que cette piste n’est pas viable, d’autant plus que la population mondiale ne cesse de croitre.

La technologie peut certes offrir une réponse partielle en optimisant ou en inventant de nouveaux procédés ou outils. Par exemple pour limiter la pression sur les écosystèmes, certains proposent d’augmenter la productivité des ressources et d’améliorer l’efficacité énergétique. Mais les calculs montrent que pour subvenir équitablement aux besoins de la population mondiale, il faudrait viser une éco-efficacité d’un facteur 10, c’est-à-dire diviser par 10 nos consommations actuelles de matières premières et d’énergie.
Même si la recherche de l’efficacité est nécessaire, pour tendre vers un système économique durable il est donc incontournable de changer nos comportements de consommation et nos modes de production.
Changer de comportement ne veut pas dire renoncer à toute consommation mais améliorer la qualité de nos consommations.

  • Le consommateur-citoyen

Comme consommateur, nous sommes à la fois clients et citoyens. Nos actes d’achat sont lourds de conséquences locales comme mondiales. (Ainsi par exemple le bilan carbone d’un territoire nous démontre que 90% des ses émissions de CO2 sont dus aux produits manufacturés vendus sur ce territoire).
Afin de pouvoir choisir en toute connaissance de cause, les consommateurs ont besoin d’informations objectives, de produits étiquetés où sont indiquées la provenance et la composition, avec une traçabilité environnementale et sociale.
L’exigence du consommateur peut influencer significativement les politiques des entreprises. On peut se sentir parfois isolé devant la tâche à accomplir, mais face aux enjeux du développement durable nous ne sommes pas impuissants : par le biais de quelques gestes simples nous pouvons contribuer à un monde meilleur par nos choix de vie sans attendre que l’État ou d’autres montrent le bon exemple.

Pas de rapport au droit et absence de conceptualisation forte

Par nature, le développement durable n’impose pas de règles, de conventions, de lois ou de normes strictes. Le concept de développement durable fait appel à la concertation, à la volonté de chacun d’apporter une contribution.
Cela peut être un appel fort à l’action concertée, à l’épanouissement mais cela peut aussi être un paravent qui dissimulerait l’inaction.
Le développement durable peut avoir le goût de la responsabilité, la couleur de la responsabilité, mais sans réels engagements. On peut alors comprendre l’engouement de certaines multinationales pour ce concept qui permet de se créer ses responsabilités sur mesure. Le développement durable devient alors une sorte de paravent dissimulant l’inaction. D’autant plus que, par exemple il n’y a pour l’instant pas de liens définis entre les Droits de l’Homme et le développement durable.

  • Légiférer ou négocier ?

Les progrès réalisés ses dernières décennies en matière d’Environnement dans les pays industrialisés ont été obtenus grâce aux réglementations et à la fiscalité de plus en plus contraignante.
Cependant la complexité du sujet peut devenir improductive. Comment imposer à une PME de connaitre et d’appliquer les milliers d’articles du code de l’Environnement ? Comment digérer efficacement les 200 nouveaux articles apparus dans les dernières lois de Grenelle de l’Environnement ?
Il semble qu’il sera plus efficace de mobiliser les entreprises autour d’objectifs concertés plutôt que d’imposer des règles.

A ce stade de la réflexion, on peut s’interroger :

Au nom de quoi devrait-on se priver aujourd’hui pour des générations futures que l’on ne connait même pas ?

La réponse ne se trouve pas dans le champ du droit ou de l’économie car celui-ci suppose une symétrie de situation : « les droits et devoirs que j’ai envers l’Autre sont aussi ceux qu’il à envers moi. Cependant pour les générations futures, cette symétrie n’existe pas, puisque l’Autre n’est pas encore né et ne me doit donc rien ».
La réponse ne peut se trouver que dans le champ des valeurs. Les valeurs, c’est ce que nous plaçons au delà de nous-mêmes, c’est un idéal. Cet idéal peut être multiple comme le souligne Niel Bohr, le fameux physicien quantique Danois du siècle dernier (1885-1965) qui disait : « Si le contraire d’une affirmation juste est une affirmation fausse, le contraire d’une vérité profonde peut être une autre vérité profonde »

Le développement durable est-il compatible avec la Franc Maçonnerie?
Après tous ces développements, peut-on dire que les concepts du développement durable sont compatibles avec les idéaux maçonniques?

La Franc Maçonnerie moderne s’organise autour des idéaux du siècle des Lumières, qui, comme nous l’avons abordé, invente l’individu et donc légitime sa capacité à raisonner, à douter, à questionner. Mais, comme nous l’avons vu, cette invention de l’individu est aussi le germe de la société de marché qui utilise la liberté de l’individu pour assouvir son appétit de consommation, quitte à détruire son environnement.
Nous pensons que c’est cette démesure qui est fortement remise en cause par les principes de développement durable. Le développement durable ne renie pas les idéaux des Lumières mais remet en cause la suprématie de l’individualité qui est prônée aujourd’hui.

Le développement durable s’appuie pleinement sur l analyse critique de chacun et rejoint donc totalement la démarche maçonnique, en particulier le travail de l’Apprenti qui taille sa pierre brute dans le bute de son perfectionnement.

En prônant la gouvernance, c’est-à-dire la concertation entre les acteurs pour agir de manière transversale, le développement durable invite à l’ouverture au Monde. On retrouve là le travail du compagnon qui, dans sa démarche de mise à niveau, doit soupeser chaque idée, chaque point de vue, chaque concept avant de la valider.
Enfin le développement durable se préoccupe des générations futures. C’est pour moi un idéal fort, partagé par la démarche maçonnique. Cette dernière se construira autour d’une démarche intellectuelle à la recherche de l’amélioration du bien être de l’humanité d’aujourd’hui et de demain.

Cette quête n’est rien d’autre que l’idéal du développement durable.

1 Au niveau européen, la stratégie de développement concerne toutes les politiques de l’Union Européenne et traite de manière intégrée les aspects économique, environnemental et social, et vise à relever les sept grands défis suivants :

· le changement climatique et l’énergie propre,
· le transport durable,
· la consommation et la production durables,
· la conservation et la gestion des ressources naturelles,
· la santé publique,
· l’inclusion sociale,
· les questions démographiques et migratoires,
· la pauvreté dans le monde.

En France, c’est la Stratégie Nationale pour le Développement Durable (SNDD) qui porte aux yeux du grand public le projet politique de développement durable national. Mais les lois dites de Grenelle I et II de l’environnement semblent plus médiatisées et causent de la confusion croissante entre développement durable et l’écologie.
La France organise sa politique de développement durable autour de 9 défis :

· la consommation et la production durable,
· la société de la connaissance (éducation et formation; recherche et développement),
· la gouvernance,
· le changement climatique et les énergies,
· le transport et mobilité durables,
· la conservation et la gestion durable de la biodiversité et des ressources naturelles,
· la santé publique, la prévention et la gestion des risques,
· la démographie, l’immigration, l’inclusion sociale,
· les défis internationaux en matière de développement durable et de pauvreté dans le monde.

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